|
|
| Contact : infos@nicolasnorest.com ALL I NEED IS LOVE AND WORK. de Claude COGNARD. (membre de la SACD). (texte déposé). ACTE I. 1. Scène I - Roland.
ROLAND : (Au téléphone). Pourquoi je souhaite créer un centre de formation ? Simple ! Parce que même au sein de notre propre entreprise, nous avons de plus en plus de jeunes d’un côté alors que de l’autre côté, nous trouvons des quinquas expérimentés de moins en moins productifs. Je pourrais alléger les charges de l’entreprise en remerciant ces anciens, mais il serait regrettable de les forcer à partir en emportant l’expérience acquise dans l’entreprise ! Vous quittez une entreprise, il ne vous viendrait pas à l’idée d’emporter votre bureau. Pardon ? Je ne suis pas d’accord ! L’entreprise n’est pas un centre social, c’est un centre de profits. (Il rit). Ce n’est pas à l’entreprise, de s’adapter à ses … vieux ! À ses anciens. Moi ? Cinquante ans ? Contre les quinquas ? Rien ! Tant que le quinqua tient le rythme d'un jeune …. (Il regarde sa montre.) Mon objectif est d’offrir aux aînés les plus valeureux, la possibilité de transmettre leurs savoir-faire aux jeunes motivés. Du coup, nous valorisons les an…cêtres, heu, les anciens, avant qu’ils ne partent et formons une main d’œuvre à l’interne. Ce projet n'aboutira qu’avec votre aide, Monsieur l’adjoint au Maire. C’est pour vous, au bas mot, la création assurée d’une quinzaine d’emplois. Vous pouvez l’annoncer dès aujourd’hui, bien entendu ! Je sens que nous allons nous entendre, vous et moi. Moi ? Pendant vingt-cinq ans, le « bras droit » de Charles Chevalier décédé, il y a trois ans. (Il regarde sa montre). Gérer c’est prévoir ! En qualité de futur Gérant, il m’appartient de prévoir ! Son fils ? Oui ! … Moi ? Confiance en Thierry ? Eh bien… Son père avait compris que Thierry ne pourrait rien sans moi. Jacques-Antoine ou J-A ? C’est le fils de Thierry, petit fils de Charles. Il sort d’une ESC. Oh, là oui, il a les dents longues ! Ce n’est pas parce que vous obtenez le permis, que vous savez conduire une formule un, ce n’est pas parce que vous avez un diplôme que… Vous m’avez compris. Par gratitude envers Charles, je me ferai une obligation de former sa famille ! Il y a du boulot, croyez-moi. Thierry et moi, pour tout vous dire nous avons usé nos fonds de culottes sur les bancs de la maternelle. (Il regarde sa montre). Pardonnez-moi, Monsieur, je dois vous laisser, j’ai un autre rendez-vous. À bientôt, j’espère. (Il raccroche.)
2. Scène II - Roland Franck Laure.
ROLAND : (Sonnette.) Une seconde ! (Se parlant à lui-même). Laure est en avance. (Plus fort). Une seconde ! J’arrive. Vite ! Le champagne est au frais.… (Sonnette - il passe dans la cuisine et ressort aussitôt). Les fleurs ? (Il rentre dans la salle de bain.) J’arrive ! (Il sort avec un bouquet. Dehors, la personne tambourine contre la porte. Il regarde sa montre.) Elle est bien pressée ! Ça va marcher ! Ça va marcher je le sens ! Voyons la table, tout y est ? Couverts, fleurs, napperon ? Pas de plis… les chaises ? (Il en pousse une.) Nous allons être tranquilles… (Fleurs à la main, il ouvre). Je… suis là !
FRANCK : (Légèrement ivre). Pas de boulot, rien à bouffer ! Crever sur un paillasson, soit, mais crever sur le paillasson de son meilleur ami, alors merde ! Ça pas question !
ROLAND : Désolé ! Vous vous trompez d’entrée, Monsieur ! (Il laisse tomber les fleurs).
FRANCK : Huit jours que je dors sous ta boîte à lettres et je viens seulement d’y voir ton nom ! Roland Lebrillan. Lebrillan Roland !
ROLAND : L’armée du salut, c’est plus loin dans la rue. (Il veut fermer. Franck l’en empêche.)
FRANCK : C’est moi, Franck, ton vieux frère. Tu as travaillé avec moi pendant quinze ans. (Franck avance). Tu ne me reconnais pas ? Après mon licenciement, j’ai voulu créer mon entreprise.
ROLAND : Franck toi ici ? L’entreprise ? C’est moi qui t’avais conseillé de la créer. Je te croyais parti à l’étranger, mort peut-être !
FRANCK : Mort ? Presque mort ! Mon entreprise n’a pas duré longtemps, j’ai fini criblé de dettes. J’ai tout perdu…. Ma femme, mes enfants, ma maison, tout !
ROLAND : Je t’avais prévenu, il y a des règles à suivre pour créer une entreprise. Pour être efficace, il faut de la rigueur ! Regarde Thierry, avec lui l’entreprise Chevalier n’ira pas loin.
FRANCK : Ensuite, ma femme a demandé le divorce. À ses yeux, j’étais devenu un incapable. Puis « pas d’emploi », pas de sexe. Plus question de la toucher ! Elle était en sucre !
ROLAND : Ne compte pas sur une femme pour nous comprendre, nous les hommes. Je suis bouleversé de découvrir ta situation ! (Il fait un pas vers la porte). J’attends…Tu ne peux pas…
FRANCK : Je lui frôlais la peau, elle hurlait au viol ! Pas de risques pourtant. Si le cœur restait vaillant, le pavillon lui était en berne. Le chômage, c’est un rat ! Un rat qui te dévore les neurones, qui bouffe tes désirs, neutralise tes sentiments, extermine l’amour !
ROLAND : Et les autres, tes collègues, tes amis ?
FRANCK : Une fois licenciée, plus de contacts, plus de téléphone, plus de visite. C’est osé de côtoyer un type licencié. Imagine que ton patron vous aperçoive toi et lui et il te vire aussi.
| |
|