CLAUDE COGNARD

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Extrait de Claire, le malheur te va si bien....
 

 

 

CLAIRE,
le malheur te va si bien

Pièce pour deux comédiens
1 femme / 1 homme

1 heure 10 environ.

Parution programmée pour : juin 2009

Texte déposé  - éditions Patrick Durand-Peyroles.

 


Extrait........ 

CLAIRE, le malheur te va si bien.

Comédie de Claude COGNARD

CLAIRE,
le malheur te va si bien

Pièce pour deux comédiens
1 femme / 1 homme

1 heure 10 environ.

ISBN 978-2-915723-04-5
12 € — 94 pages

Disponible

 

Texte déposé – Tout droit réservé.

ACTE I.

 

Petite bijouterie, avec un comptoir central – une caisse – des tabourets hauts, style bistro - un coffre-fort, des vitrines vides, sur le mur, trois grosses pendules.  Deux fauteuils, le premier, côté cour et le second, côté jardin. Vers l’accès à l’arrière-boutique, un canapé deux places.  Les rideaux métalliques ajourés sont baissés - détecteur de présence – caméra de sécurité -. Des publicités suspendues. Trois pendules figées sur dix heures 10.

 

CLAIRE un peu ivre, très élégante, petit sac en cuir, les cheveux noués en arrière, plusieurs bracelets à chaque poignet et colliers autour du cou. Chaussures à talons hauts, qu’elle jette derrière le comptoir d’un mouvement du pied, abandonne ses clés sur le même comptoir, tout en utilisant son téléphone portable. Elle a composé le numéro d’une amie – plusieurs secondes s’écoulent avant qu’on ne lui réponde.

CLAIRE.

Allo ! Cindy ? Oui, c’est toi ? C’est moi, CLAIRE ! Je te réveille ? Excuse-moi ! Non, Freddy n’était pas au rencard. (En secouant la tête.) Freddy ou un autre, j’ai l’habitude des lapins. À mon âge, moi, les mecs, tu sais… c’est décidé, je tire un trait dessus, plus d’hommes, plus de sexe. J’ai ma chatte, elle me suffit, elle au moins, elle a tous les matous qu’elle veut.  Non pas de risques, elle est castrée. Pourquoi, ne suis-je pas une chatte, moi-même ? ... Les hommes ? Tous pourris, tous pareils !  J’en ai violé, un ou deux, heureusement ! Sinon, je serais encore vierge. Si ! Parfaitement, que crois-tu, que Patrick et l’autre nouille de Serge, se sont jetés sur moi ? Pardon ?  Évidemment, pas ensemble ! Je n’ai pas parlé de partouse ! Enfin ! Un mec seul, je n’y arrive pas à le séduire…. Alors deux en même temps, sois réaliste !  Belle ? Moi ? C’est ce que disent les femmes. Elles doivent vouloir me faire plaisir ou bien la vérité, c’est que j’ai loupé ma vocation de lesbienne. Tu as sommeil ? Il est plus de minuit ? Ta journée a été lourde ? Dépressive, moi ? Moi, faire une bêtise ? Non, je ne vais pas faire de bêtise, rassure-toi. Où je suis en ce moment ? Dans la boutique ? Bien sûr que je suis seule ! Patate ! Être seule dans une bijouterie à plus de nuit, c’est déjà une énorme bêtise ? Si tu le dis. Venir me rejoindre, toi ? Non, j’ai envie de ne voir personne. Dors ! Quoi la télésurveillance ? Bien sûr que je les ai prévenus avant d’entrer, et je leur ai dit que tout était parfait, je leur ai donné le code de non-agression. Ils sont contents, maintenant, ils vont me foutre la paix ! Mon père ? Ce qui est arrivé à mon père ? Rien à voir ! Rentrer dans le magasin en dehors des heures d’ouverture, est une faute grave ? Eh bien qu’ils me virent, au point où j’en suis.  Là, au magasin, je me sens utile, au moins. C’est calme, juste quelques voitures dans la rue….Je vais finir les commandes spéciales, j’en ai pour la nuit. Demain, au radar ? Réveille-toi ! Demain, c’est dimanche et lundi, c’est férié. Que veux-tu qu’il m’arrive ? Qu’un mec me fasse la peau quand je sortirai ? Ne t’en fais pas, moi, les mecs quand ils voient, ils prennent peur, alors s’il y en a un qui rode, je lui ouvre même la porte de la bijouterie. S’il me viole ? Eh bien tant mieux, qu’il abuse de moi, je ne porterai même pas plainte. Allez… Non, je n’ai pas bu ! Juste un petit verre avant d’entrer, mais j’y vois encore clair.

(Elle raccroche et disparaît un instant dans l’arrière-boutique. Elle revient avec un classeur et s’installe derrière le comptoir des ventes).

CLAIRE.

C’est qu’elle me foutrait la trouille, la petite Cindy… S’il y a un type qui veut me tenir compagnie eh bien…. Enfin, nous verrons, le moment venu…. (Après un silence). Il faut encore qu’il vienne !

(Elle feuillette son dossier.)

CLAIRE.

Voyons voir, les commandes clients ! Commande de Madame Mirandon. Bon, tout me semble en règle, le poids d’or, la taille, le délai, le numéro de la vendeuse…. Elle a joint une esquisse bien ! Le prix, 5 221 euros, c’est bon. Acompte, 2000 euros, elle aurait pu préciser qu’il avait été versé en chèque.

(Elle ajoute une indication).

Elles sont toutes pareilles, je me demande en quelle langue il faut leur dire les choses pour qu’elles n’oublient pas.

(Elle se sert de son stylo).

Cliente Dupré N° 20 260 720. X.

(Elle souffle, puis après un silence).

Celle-là … Ce ne sont pas des boucles d’oreilles qu’elle a commandées… mais des roues de bicyclette.

(Elle met le dossier à part).

À contacter, mardi… Quand je pense à cet abruti de Freddy, qui m’a posé un lapin. Il aurait pu me prévenir qu’il ne viendrait pas. O.K. cela aurait été moins comique pour lui….

(Elle remarque quelqu’un dehors, le nez collé contre la vitrine, les deux mains de part et d’autre du visage).

CLAIRE.

 (Sans bouger).

Attends, qu’est-ce que tu crois que nous laissons la collection en vitrine, la nuit. Tu rêves !

(Elle continue à lire ses papiers en se parlant à elle-même).

Encore un de ces hommes qui se disent qu’ils n’ont jamais de temps pour acheter des bijoux à leur femme.

(Elle ricane).

Les clients, je les connais, il faudrait rester ouvert vingt-cinq heures sur vingt-quatre. Et encore…. C’est comme tous ceux-là qui veulent des bijoux spécifiques, alors qu’il y en a plus de cinq mille en vitrines.  La plupart du temps, les bijoux qu’ils font fabriquer, leur coûtent trois plus chers et ressemblent en tout point à ceux qui existent déjà au catalogue. En quinze ans de boutique, les choses n’ont pas changé…  J’ai soif ! Tiens, j’ai peut-être une petite bouteille dans le frigo.

(Elle descend de son tabouret et en s’éloignant).

Afin de me tenir éveillée. Tu me diras que tu pourrais bien rentrer te coucher. Soit !

(Elle passe derrière et revient immédiatement).

De la bière avec du whisky ? Tiens qui est-ce qui a acheté ça ? Ce doit la grande Lydie ! Elle boit comme un garde napoléonien.

(Elle force pour ouvrir la bouteille.)

Ouverture facile ? Tu parles, … il faut avoir des mains de camionneurs pour l’ouvrir.

(Elle se penche derrière le comptoir et sort une étoffe).

 

CLAIRE.

(Elle ouvre la bouteille dont elle sent le contenu).

 L’odeur ? Moyenne.

(Elle en boit une gorgée qu’elle se fait rouler dans la gorge comme un sommelier et mais réalisant que l’homme est encore dans la vitrine, elle tousse avec dégoût.)

Il est encore là ! Mince alors, il a enfilé une cagoule, il est armé, son arme est dirigée vers moi.  Le con, il me braque.

(Elle avance vers la porte).

CLAIRE.

 (En parlant fort dans sa direction).

Tu peux tirer, pauvre pomme, les vitres sont blindées ! Tu feras une belle étoile dans le verre, mais rien de plus. Qu’est-ce qu’ils vous apprennent dans les écoles de gangsters, de nos jours ?

(Elle lui tourne le dos et s’éloigne. L’homme tambourine contre la porte.).

CLAIRE.

Ça va ! Une minute ! Je reviens, « Sésame, ouvre-toi », c’est d’une autre époque. Je vais chercher mes clés. Mais qu’est-ce qu’il croit, avec son pistolet ?

(Elle revient et lui ouvre).

FRANCK.

(En se précipitant).

La caisse et vite…

CLAIRE.

Du calme !

(Après avoir refermé la boutique, elle repasse derrière le comptoir et reprend son contrôle de dossiers).

Tu me prends pour une bille ou quoi ? Tu crois que je t’aurais ouvert si la caisse avait été disponible ? Tu veux visiter le magasin ?

FRANCK.

La caisse, bon Dieu !

CLAIRE.

Je n’aime pas les hommes grossiers. Quoique ? Suis-je en mesure de faire la difficile ?

(Il lui met son arme contre la tempe).